Méthodologie pour la dissertation de Philosophie

20 04 2008

MA TECHNIQUE DE DISSERATION

Introduction (4 parties) :

L'excellence de l'introduction est une exigence.

1. Selon l'intitulé du sujet : - Relever l'opposition implicite sujet ou le problème qu'il soulève, l'exposer brièvement en essayant d'apporter une définition rigoureuse et volontairement synthétique des termes. Attention à ne pas plagier le dictionnaire… (7 à 15 lignes max)                                   
Ex : L'amour est souvent interprété comme… par son aspect… quant est il vraiment ? L'amour est… il est donc synonyme de… mais ne peut se réduire à … par conséquent il paraît s'opposer au/à … etc.

2. Répondre à la question : Pourquoi me pose t-on la question ?… Discerner l'ensemble des notions qui concernent le sujet. (10 à 15 lignes max) Attention à l'énumération.
Ex : Il apparaît dès lors que… ce qui signifie que d'un point de vue… Nous sommes donc en présence de… Est il possible de se limiter à … ? Il semble évident que… sans occulter la … Etc.

3. Exposer une problématique à la fois large et complexe puis l'expliquer. Pourquoi, pour vous, le problème sous jacent réside dans cette problématique. Attention à la juxtaposition de questions sans approfondissement éclairant votre pensée. (10 à 20 lignes max)

4. C'est le début de votre raisonnement, souvent une idée fausse qu'il vous faudra détruire dès la première partie en soulignant par exemple le paradoxe qu'elle implique. (7 à 15 lignes max)


Pour les différentes parties (25 lignes min chacune hors transitions)

Le plan classique : thèse/antithèse voir synthèse est à éviter à tout prix.
C'est pour cette raison que je n'aime pas parler de parties pour la philosophie, je préfère pistes de réflexion ou axes de raisonnement. Toutefois votre dissertation ne peut pas compter plus de 4 grands axes, c'est pourquoi il vous faudra regrouper plusieurs pistes dans un même axe.

Il est préférable de faire apparaître un raisonnement logique. Les pistes que vous abordez doivent soit s'autodétruire soit montrer leurs faiblesses à la fin de chaque partie afin d'assurer une parfaite transition. « Si on a pu vérifier que… on s'est aperçu que … Il s'agirait donc de … »
La première partie comme je l'ai dit précédemment doit (sauf exception rare) faire apparaître l'idée fausse que le sujet nous amène à penser à sa première lecture.
La fluidité dans l'expression et la rigueur intellectuelle sont les maîtres mots pour la dissertation de philosophie. L'enchaînement de vos idées doit répondre à une exigeante logique de continuité. multipliez donc les “en effet, donc, mais, de ce fait, par analogie, d'une part, d'autre part, en pratique, par conséquent, néanmoins, si… alors, en conséquence, il s'agit de, il devient impossible de prouver que, à la différence de etc… et les vas et viens Questions/réponses.

Le premier axe doit pouvoir être compris par n'importe quel abruti qui n'a jamais fait de philo, mais plus votre raisonnement avance plus la complexité des thèmes et des notions abordés s'accentue. Le dernier axe est souvent le plus délicat, c'est la réponse attendue du philosophe. Pour qu'il soit véritablement réussit, il faut que vous ayez du mal à vous suivre vous-même. Laissez libre court à vos folies intellectuelles… Plus sérieusement, le meilleur moyen de réussir cette partie est de reprendre la thèse d'un auteur ou de s'en référer aux savantes notions de liberté et de sagesse. Sachez tempérer vos propos dans un vocabulaire soigné et instruit. Les références aux auteurs sont indispensables pour dépasser les 12/20. Il ne s'agit pas de citations inutiles mais d'explications constructives afin d'enrichir votre argumentation. Ex : Pascal, « L'homme est un roseau, le plus faible de la nature mais c'est un roseau pensant ». Sachez exploiter cette citation en fonction de vos besoins argumentaires. (Pourquoi l'Homme est il faible ? Analyser le « mais » qui souligne la faculté de penser » Penser ne le rend il pas plus faible encore? … Etc.)

Faut-il renoncer à l'Amour pour être heureux ?

Afin de vous entraîner à la méthodologie dissertative, composez sur ce sujet parfaitement philosophique, à la fois simple, ludique, abordable par tous et extrêment complexe faisant intervenir de très nombreuses notions. Ce sujet n'est jamais tombé, il se pourrait que cette année soit la bonne. 1 Chance sur 1000000 c'est énorme. C'est de toute manière un entrainement excellent pour la construction de votre devoir.

Quelques pistes qui pourront vous guider
L'amour est sans nul doute une source riche pour l'imagination, le sentiment le plus exploité par les cinéastes, poètes, romanciers, dramaturges et paroliers pour son caractère universel, sa force et l'émotion qu'il suscite. Ce désir de fusion entre deux êtres, ce sentiment d'affection passionnée, de profond attachement est souvent assimilé comme étant à l'origine du plaisir suprême, du bien et in fine d'une complète satisfaction. L'opinion d'ailleurs semble souvent confondre amour et bonheur au point de croire que celui qui aime est nécessairement heureux.
Se demander s'il faut renoncer à l'amour pour être heureux relève donc d'un paradoxe remettant en question les bienfaits de l'amour qui ne serait plus synonyme de joie, de plaisir et de plénitude mais plutôt de mal être. L'amour dès lors conduirait au malheur. Cette opposition observée entre amour et bonheur implique donc un choix, et certainement un choix douloureux.
De plus, le fait de renoncer à l'amour situe ce sentiment dans l'expérience, expérience présente ou passée. Il s'agirait d'abandonner sa recherche ou de cesser une relation effective en raison de sa propre expérience. Le renoncement à l'amour pour le bonheur vient également renforcer l'idée d'un choix douloureux supposant une action volontaire, dictée par la raison.

L'amour serait donc lié au mal et néfaste d'une manière générale à l'Homme s'opposant ainsi à son bonheur. En quoi la nécessité du renoncement à l'amour pour être heureux est-elle au centre d'un problème philosophique ?
Tout d'abord, cette nécessité, en l'occurrence à la fois morale et pratique, suppose une parfaite liberté de l'Homme vis-à-vis de ces sentiments or peut on librement choisir de renoncer à l'amour ? On pourrait se demander si le contrôle de nos sentiments est véritablement affaire de raison et de volonté. En d'autres termes, sommes nous responsable devant l'amour ? Si ce n'est pas le cas, l'amour ne répondrait non plus à l'esprit mais au corps et à ses pulsions risquant ainsi de nous conduire à l'illusion, à l'erreur et donc au malheur. Faut-il pour autant en conclure que l'amour est dangereux, que la passion et le désir nuisent au bonheur ?
Quoi qu'il en soit, la conciliation entre amour et bonheur ne peut se passer d'une réflexion sur autrui. En effet, l'amoureux attend le bonheur du rapport entre lui et autrui. Il ne se contente donc pas que de lui pour se rendre heureux mais attend le bonheur d'une rencontre et par là se livre aux vicissitudes de la fortune, à l'inconstance du désir et surtout à son impuissance.

Si on admet que l'amour puisse nuire à notre bonheur, renoncer à ce sentiment impliquerait douleur et amertume ce qui condamnerait définitivement notre bonheur. Il en découle que s'il était possible et nécessaire de s'abstenir d'aimer, il serait fondamental de refonder l'image que nous avions du bonheur.
Enfin, n'est il pas judicieux de se demander à quel amour faudrait-il renoncer? Existe-il une sorte de hiérarchie dans l'amour, des amours positifs et négatifs, différents degrés d'intensité, une manière plus ou moins positive d'aimer. L'amour n'est il pas plutôt un idéal, une idée auquel cas il ne saurait s'opposer au bonheur sans, dans le même temps, s'opposer à la philosophie et à la sagesse ?…

Avant toute chose, il nous faut comprendre pourquoi il peut paraître nécessaire de renoncer à l'amour pour être heureux. (Cette partie est à la portée de n'importe qui… il faut en rester aux raisons superficielles de l'échec amoureux et à leur conséquences néfastes pour notre bonheur.)

NB: On ne peut indubitablement restreindre l'amour à l'amoureux. Comme on ne peut occulter l'amour/passion de Platon caractérisé par la souffrance et la possessivité ni l'amour/action/désir de Spinoza qui n'est plus un manque mais une puissance d'agir en vue d'une joie réciproque bref le sujet nous invite au débat sur le désir, la passion, l'opposition entre le corps, le plaisir pourquoi pas le sexe et l'esprit, la liberté, la sagesse etc.
Mais il n'est pas non plus étranger à la croyance, à l'amour de Dieu, au partage, à l'altruisme, à la sérénité de l'âme, à la compassion et dans une autre et moindre mesure à l'amour filial.
Le sujet enfin nous pousse vers la conquête de notre essence, il mène à une réflexion sur le sens de la vie.
Très franchement la richesse et la difficulté du sujet sont telles que ce n'est pas pour rien qu'il n'est jamais tombé

Suite à votre demande, voici quelques références qui pourront vous aider.

Les incontournables

Stoïciens et Epicuriens
Platon Phèdre, Banquet
Spinoza l'Ethique

Pour approfondir

Nietzsche Volonté de puissance
Heidegger Etre et Temps
Sigmund Freud Essais sur la théorie sexuelle et Au-delà du principe de plaisir
Sartre
l'Etre et le néant
Kant Critique de la raison pure
Descartes Traité des passions
Hegel Doctrine de l'Essence

Pour les passionnés


 

Gabriel Madinier Conscience et amour
René Girard Quand ces choses commenceront
Stendhal De l'amour
Kevin Reynolds L'histoire de Tristan et Iseult
Bernard Henry Lévy Les hommes et les femmes
Gérard Granel


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