Comprendre la crise financière actuelle

22 10 2008

index.jpgLe monde est entré depuis quelques mois dans une crise financière d'une ampleur considérable. Elle se propage aujourd'hui à l'économie réelle. Cet article vous permettra de comprendre les causes de la crise financière, ses répercussions sur l'économie réelle ainsi que la gestion qui en est faite par les autorités.

 

 I. Au départ, une crise américaine du secteur immobilier puis bancaire

Au commencement, il y a des ménages pauvres qui rêvent de s'acheter une maison ou un appartement. Compte tenu de leurs ressources et donc des risques de défaut de paiement, ils ne peuvent emprunter qu'à des taux plus élevés que les ménages plus aisés : ils ne bénéficient pas de la “prime”, autrement dit des taux plus faibles offerts aux ménages aisés, d'où le terme “subprime” en anglais. Pour les convaincre de sauter le pas et bénéficier de ces rendements élevés (mais risqués), des banquiers imaginent de leur proposer des prêts à taux variables, faibles au moment de la signature du contrat mais qui peuvent ensuite beaucoup s'élever. Et pour se couvrir en cas de défaut de paiement, les banques “hypothèquent” la maison : elles peuvent la saisir et la revendre.
Tout ce bel édifice financier repose sur l'idée que, si ces prêts “subprime” sont très risqués individuellement, ils sont collectivement très rentables : les défauts de paiement sont rares tant que les taux d'intérêt sont faibles et, en cas de saisie, la revente permet de faire de belles plus-values vu que les prix de l'immobilier n'arrêtent pas de grimper … du fait même des achats nombreux qu'autorisent ces prêts !

Tout allait bien tant que les taux d'intérêt étaient bas et que les prix de l'immobilier augmentaient dans une sorte de “bulle spéculative”. Mais, à partir de 2005, la Banque Centrale américaine commence à remonter les taux d'intérêts qu'elle accorde aux banques quand elle leur prête de la monnaie car, à force d'accorder des prêts à tour de bras et de permettre à beaucoup de ménages d'acheter des maisons, des voitures, de l'électroménager, des ordinateurs etc., les prix se sont mis à augmenter de manière excessive : l'inflation est de retour, conséquence logique d'un excès de création de monnaie.
Les taux augmentant, il y a de moins en moins de ménages qui peuvent prendre un prêt “subprime” et donc de moins en moins de demande pour l'immobilier. En parallèle, les défauts de paiement commencent à se multiplier, conduisant les banques à revendre ces biens immobiliers. Des achats moins nombreux et des ventes plus importantes : toutes les conditions sont réunies pour que les prix de l'immobilier se retournent et se mettent à baisser à partir de l'été 2007.

C'est très bien expliqué dans cette vidéo de Courrier International expliquant à l'automne 2007 la crise de l'été, à l'aide de dessins de presse :

II… qui se transforme  en une crise financière mondiale via la titrisation

La belle mécanique des “subprimes” se grippe à partir de l'été 2007 aux Etats-Unis. Mais pourquoi cette crise qui ne concerne que l'immobilier aux Etats-Unis va-t-elle se généraliser à l'ensemble du système financier mondial ?
La réponse a un nom barbare : la titrisation. En clair, les banques qui ont pris des risques en prêtant à des ménages désargentés peuvent, grâce à des innovations financières toujours plus complexes, se débarrasser de ces “crédits pourris” en les mettant avec d'autres crédits de meilleure qualité dans un même panier, et en revendant ce panier à d'autres acteurs financiers.
Ces titres sont tellement complexes qu'ils agissent comme un rideau de fumée masquant les risques réels supportés par ceux qui les achètent. Et, tant que les taux d'intérêt américains sont faibles et que les prix de l'immobilier augmentent, ces titres sont très rentables ! Ils vont donc trouver preneurs un peu partout dans le monde, mais particulièrement dans les grandes banques américaines qui ont fait la une de l'actualité au cours des semaines passées.
Ils ont un autre gros avantage : ils font sortir du bilan des banques ces créances douteuses. Celles-ci peuvent donc continuer de prêter à des ménages peu solvables sans qu'apparaisse clairement dans leur bilan les risques qu'elles prennent.
Une bande dessinée circule depuis quelques jours dans les bureaux des grandes banques de New York pour expliquer comment les financiers ont pu camoufler les risques pris par les banques par des opérations financières toujours plus sophistiquées. Cliquez sur l'image pour lancer le diaporama

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III. De la sphère financière à l'économie réelle

Tout le problème, aujourd'hui, est qu'il est extrêmement difficile de savoir quelles institutions sont les plus touchées. Ceci crée un climat d'incertitude qui conduit les banques à moins se prêter de liquidités entre elles, alors qu'elles en ont besoin au quotidien, et à moins accorder de prêts aux entreprises et aux ménages, à moins que ceux-ci offrent des garanties très solides. A terme, une crise au départ financière peut donc se transmettre au reste de l'économie si les restrictions du crédit affaiblissent trop la consommation et l'investissement, et donc la demande globale.

IV. De la gestion de la crise à la reforme d'un capitalisme financier défectueux

V. Une vision globale des crises financières et de leurs répercussions

Faut-il être inquiet ? Comme le montre l'économiste Elie Cohen dans le reportage ci-dessous, en 10 ans le monde a connu 5 crises financières. Deux conclusions opposées pourraient être tirées de ce constat.
D'une part, cela peut montrer la capacité des marchés financiers à “rebondir” et la capacité des autorités monétaires à gérer ces crises. La crise de 1929 s'expliquerait partiellement par une réponse inappropriée des autorités monétaires de l'époque et nous aurions depuis appris à prendre les mesures empêchant un effondrement de l'ensemble du système financier.
A l'inverse, la fréquence de ces crises peut conduire à penser que si celle-ci ne conduit pas à un effondrement, la suivante pourrait être “The Big One”. Pour limiter les crises, des régulations avaient été mises en places après 1945, qui ont progressivement disparu depuis le début des années 1980 et la vague de “dérégulation” de l'économie. Les mesures annoncées pour sortir de la situation actuelle visent pour l'essentiel à minimiser les pertes des institutions qui ont pris les plus gros risques : les profits étaient privés, mais les pertes sont supportées par la collectivité. Mais une véritable stabilision du système financier supposera également de mettre en place des régulations au niveau international, en particulier pour limiter les effets des innovations financières et contrôler les activités bancaires.

Pour un retour sur les 5 crises financières de la décennie écoulée (1997 : crise asiatique ; 1998 : LTCM et la Russie ; 2000 : la “bulle” de l'internet ; 2001 : le mensonge Enron ; 2007 : la crise des “subprimes”), le reportage de Michel Kaptur (réalisateur) et Elie Cohen (auteur), passé sur Arte le 2 juillet 2008 : La dernière vidéo concerne la crise actuelle.

 

 


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2 réponses à “Comprendre la crise financière actuelle”

27 10 2008
Marc Maurois
Marc Maurois (19:07:43) :

Excellent article. A la fois complet et synthètique, j’utiliserai en classe! Merci à toi

Marc Maurois, professeur d’SES

9 04 2009
khadija
khadija (10:11:00) :

c un très bon article qui synthètise la crise d’une façon très claire et complette merci merci merci

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